April 1, 2023

D’après une estimation livrée dimanche à Sky News par l’ONG britannique Mines Advisory Group, plus de 40% du sol ukrainien sont infestés par les mines. Une évaluation qui corrobore les chiffres avancés précédemment par le gouvernement local et fait de l’Ukraine le pays le plus miné au monde.

Outre la succession des offensives, retraites et contre-offensives, il est un aspect des combats qui perdure après les mouvements des troupes sur le front ukrainien. Un aspect qui est même appelé à assombrir le quotidien des populations locales une fois la paix conclue: le dépôt et la dissimulation de mines dans le paysage par l’envahisseur russe.

Ainsi, d’après une porte-parole de l’ONG britannique, Mines Advisory Group (Groupe de conseil sur les mines), interrogée dimanche par la chaîne Sky News, ce sont plus de 40% de la surface de l’Ukraine qui se trouvent piégés par les mines désormais. C’est simple: ces chiffres font de l’Ukraine le pays le plus miné au monde.

“La contamination (du territoire par les mines, NDLR) est massive. On ne peut même pas comparer la situation à celle de la Syrie ou de l’Afghanistan. C’est vraiment massif”, a ainsi fait valoir Kateryna Templeton, cette responsable du Mines Advisory Group sollicitée par Sky News.

Un fléau vieux qui dure depuis 9 ans

L’estimation conforte le propos tenu au début du mois de janvier par le Premier ministre ukrainien Denys Chmyhal à l’agence de presse sud-coréenne Yonhap. Le chef du gouvernement jaugeait à 250.000 km² (sur 600.000 environ) la part du territoire minée, lançant même: “C’est actuellement le plus grand champ de mines du monde”.

Si l’invasion russe a bien sûr accru le fléau de manière exponentielle, celui-ci remonte à neuf ans. Au moment de la guerre civile de 2014-2015, les troupes séparatistes soutenues par la Russie ont déjà fait un usage abondant de ces mines antipersonnel, interdites par la Convention d’Ottawa que le Kremlin n’a toutefois jamais signée.

Il faut dire que les hangars russes en regorgent: d’après un rapport de l’Observatoire des mines publié en novembre dernier, la Russie détient 26,5 millions de mines.

611 accidents liés à des mines depuis l’invasion

Une quantité qui explique la diversité des engins de mort déployés sur le sol ukrainien. Kateryna Templeton en a fait la typologie auprès de Sky News: “Vous pouvez trouver des mines anti-tanks, des mines antipersonnel; des chausses-trappes, des obus, des munitions à fragmentation. Tout ce à quoi vous pouvez penser vous le trouverez en Ukraine”.

Bien entendu, cette orgie de mines est la source de drames en cascade. Selon le Mines Advisory Group, on a recensé 1190 accidents liés à des mines en Ukraine entre 2014 et 2020. Et on observe un emballement depuis l’agression russe, avec 611 de ces incidents signalés entre le 24 février 2022 et le 10 janvier 2023.

Outre le bilan humain, ce minage entraîne de nombreuses conséquences néfastes supplémentaires, comme la condamnation de l’accès à certaines zones, ou l’altération de la production agricole.

Sensibiliser la population

Même en cas d’un rétablissement prochain de la paix – pour l’instant inenvisageable -, la menace devrait s’étendre encore plusieurs décennies sous les pieds ukrainiens. Ainsi, Perrine Benoist direction du département Réduction de la violence armée à Handicap International, citée ici par Le Monde, mesurait dès avril dernier la durée du déminage à prévoir à “au moins 50 ans”.

Pleinement conscientes qu’il faudra donc vivre avec le danger, les autorités ukrainiennes ont lancé une vaste campagne de sensibilisation au risque des mines à destination de leurs concitoyens.

Celle-ci s’articule autour d’un spot montrant un promeneur repérant une mine, s’éloignant précautionneusement et alertant le service idoine. Une vidéo faite pour illustrer un principe: “La règle des trois ‘négations'”. “N’approchez pas! Ne touchez pas! Ne paniquez pas!'”, détaille le message.

Robin Verner

Robin Verner Journaliste BFMTV

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